Conférence de Massimo Barra sur le thème …
“LA CROIX ROUGE ET LA DROGUE”
PARIS CROIX-ROUGE FRANCAISE 25 JANVIER 1997
Depuis que le monde existe, toute époque et toute région ont eu à faire avec des problémes d’usage et d’abus de drogues, comme expression d’un désir inné dans l’homme de modifier son état de conscience et d’alléger ses souffrances à la recherche de la pilule du bonheur à mê me de vaincre la douleur, la maladie et mê me la mort.
Dans l’Europe du Sud la consommation de drogues est explosée épidémiquement au début des années ’70, avec certaines caractéristiques communes à tous les Pays de la Région: l’usage accru d’héro•ne par voie intraveineuse; le jeune êge des consommateurs; la diffusion systé matique dans tous les milieux sociaux; l’usage des diffŽrents substances psychotropes simultanément; les liaisons toujours plus accentuées entre drogue et criminalité, même s’il faut distinguer celui qui vole pour se droguer et celui qui se drogue pour voler, [en étant en géneral le premier un malade obligé à certains comportements à cause de sa dépendance et le deuxième un criminel qui à découvert un bon systéme pour mieux froder]; l’allerte sociale croissante causée par telle criminalisation du phénomène et, dans ces derniéres années, les étroits liens entre drogues, SIDA et autres maladies infectieuse dans une bouleversante perspective de désespoir et de mort.
La philosophie d’intervention qui vient de s’affirmer en Europe dans les dernières années, même entre incertitudes et polémiques qui dans le thème “drogue” assument toujours des caractres exagerés et éclatants, se base sur une série de convictions sur lesquelles je considère opportun de m’arrêter brièvement.
1) Il n’existe pas la méthode, unique puisque super efficace, qui, toute seule, soit capable de “guérir” un toxicomane.
2) Chaque toxicomane est différent de l’autre et demande une attention pour lui-même, tout à fait particulière, spécifique et non standardisée.
3) Chaque toxicomane est different de soi-même en fonction du temps qui s’écoule et qui s’accompagne à des modifications profondes du rapport avec la substance, d’une première phase de “lune de miel” où la drogue pour lui est tout, et aucune force humaine est à même de le voler à son unique et tout-puissant objet d’amour; à une deuxième phase de ambivalente amour-haine, où les aspects apparemment positifs et gratifiants de la substance sont contre-balancés par autant d’aspects négatifs, liés au mécanisme de la tolérance et de la dépendance et à un coût, humain outre qu’économique, toujours croissant de la substance; jusqu’à une troisième et finale période de haine franche de la drogue, où après dix années d’abus, chaque toxicomane maudit le moment du début et paraît plus motivé à cesser de ce qu’il n’était auparavant, sa toxicomanie ayant rejoint un prix pour lui trop élevé et non plus soutenable. La thérapie est donc un “long chemin” àparcourir ensemble, toxicomane et celui qui l’aide, celui qui, dorénavant, nous appelerons “le thérapeute” dans le sens le plus large du terme, sans l’identifier nécessairement avec une catégorie professionelle ou une autre et ou il peut y avoir une large place même pour les Volontaires de la Croix-Rouge, dûment formés et organisés.
4) Il faut privilégier l’intervention à réseau, c’est à dire la création de toute une série d’occasions thérapeutiques diversifiées, soit pour des modalités operationnelles, soit pour collocation topographique ou institutionnelle, possiblement reliées et intégrées entre elles avec une gamme d’interventions àmême de donner une réponse immediate, même si partiale, à chaque toxicomane, soit motivé soit non motivé à cesser, soit en “lune de miel” soit dans la phase de haine pour la substance, soit libre, soit emprisonné, qu’il ait besoin de medicaments substitutifs ou non, qu’il ait besoin de soins hospitaliers ou non, qu’il ait besoin d’une communauté thérapeutique ou d’un centre de jour ou de changer son milieu de vie, ou, qu’il ait simplement besoin d’une seule seringue stéerile pour s’injecter la drogue sans attraper d’autres maladies encore plus dangereuses de la drogue-même pour la survie, quand la motivation pour arrêter est inexistante et il n’y a aucune alternative praticable à la non-intervention.
5) Il faut éviter de concentrer tous les efforts seulement en faveur de sujets bien disposés et motivés à interrompre leur rapport avec la drogue et agir thérapeutiquement même en faveur des “autres”, des cas apparemment sans solution, de ceux qui ont envie de toute faon de continuer à être toxicomanes, de ceux qui ne peuvent pas, ne veulent pas ou ne peuvent pas vouloir arrêter, étant l’interêt de l’Etat et de la collectivité de rejoindre en tout cas le plus grand nombre possible d’usagers de drogues, ce qui entraine pour les intervenants un surplus d’attention, de frustrations et de stress auxquels ils doivent être dûment préparés: si un toxicomane qui veut arrêter est une mine libre, un qui ne le veut pas est une mine libre deux fois, et celui qui travaille avec lui pour faire évoluer sa motivation doit en tre bien conscient, pour ne pas tomber en dépression.
Il est également important que chaque thérapeute ait bien clair dans sa tête qu’il n’éxiste aucune toxicomanie, même si ancienne, désagréable et imprégnée, qui ne puisse tre dé passée et que mê me dans les cas les plus difficiles et apparemment sans aucun espoir il peut se verifier des surprises grandes et imprévisibles. Souvent, c’est de cette typologie de toxicomanes apparemment irréversibles et sans espoir que des nouveaux thérapeutes peuvent naître, car celui qui est grand dans la délit et dans le souffrance peut être grand même dans l’amour et le bien, une fois qu’il a changé les limites et les perspectives de sa propre existence.
L’ancien-toxicomane devenu travailleur social est un element constant de plusieurs services anti-drogue dont on ne peut faire à moins, soit pour l’attitude protective et paternelle que plusieurs anciens toxicomanes, parvenus à la phase finale de leur dépendance, assument à l’égard des plus jeunes, soit pour le personnel témoignage de réussite et de victoire dans un combat, pour dépasser définitivement la dépendance, qui parfois peut paraître improbable si non impossible.
L’ancien toxicomane démontre que “vouloir c’est pouvoir” et cela est pour lui un bon systme de se rendre utile à la Société, souvent l’unique pour mettre à profit l’experience négative de son passé de drogué. Un ancien-toxicomane thérapeute dans un centre anti-drogue ou dans une unité de rue est un symbole, un personnage important et de soutien, tandis que dans n’importe quel autre milieu il risque d’être un nombre ou un travailleur anonyme.
Notre expérience de ces derniéres années nous a amenés à avoir un nombre croissant d’anciens toxicomanes, devenus tels gràce aussi à l’aide recu de la part de la Crox-Rouge, et qui ont peru le charme protecteur de l’embleme au point de devenir des volontaires Croix-Rouge une fois dépassé leur état de dépendance. Beacoup d’entre eux ont continué à travailler dans nos services anti-drogue, d’autres sont arrivés à devenir des Volontaires parmi les autres Volontaires dans des services qui n’ont rien à voir avec la toxicomanie, ou mê me, sont passés à des postes professionels et à des fonctions importantes, soit au siége soit sur le terrain.
Pour avoir de bons résultats il est évidemment impératif de se préoccuper de l’équilibre psychophysique de l’ancien toxicomane avec un programme de formation permanent où il y ait une large place pour la supervision, la vérification et la gestion des émotions, des sentiments et des rapports interpersonnels, plus que pour les aspects cognitifs et pratiques du probléme qui sont supposés être bien digérés par ceux qui ont eu une longue expŽrience personnelle de drogue.
Il faut toujours se souvenir que le drogué est un personnage incommode, constamment en équilibre entre la vie et la mort, obligŽ par les évnements à être toujours en rŽserve, à frôler la mort pour pouvoir continuer à vivre, dépressif aussi bien avant qu’après sa rencontre avec la drogue, avec une image de soi fort mauvaise, partiellement produite par la série hallucinante des messages pervers et dépressifs qui lui sont quotidiennement adressŽs soit dans la famille soit par les amis, soit, souvent, par les thérapeutes, avec l’illusion q’un rappel logique et rationnel à la misère de son existence puisse représenter un coup de fouet salutaire et un élan à même de faire modifier son style de vie: illusion, celle-ci, dangereuse, étant donné que le fait de continuer à se droguer plonge ses racines dans le terrain fertilisé de la dépendance et il est insensible à la logique et à la rationalité, donc un message dépressif, au lieu de réprésenter l’élan d’une résurrection, se transforme en un élément intérieur d’un cercle vicieux où dépression s’ajoute à dépression et la drogue paraît de plus en plus la seule amie capable de soulager et de réconforter.
Ainsi, un sujet avec peu de “sens d’auto-estimation” et dépressif, pour lequel tout contact exterieur baisse son auto-estimation et aggrave sa dépression, n’a qu’un systme de survie, outre la drogue, celui de critiquer, enfoncer et contaminer les autres pour rŽvaluer soi-même. Nouveau Creso, il est à même de transformer en negatif toute réalité avec laquelle il vient en contact; de son interlocuteur, qui pourraît même être un Volontaire de la Croix-Rouge, il emphatisera, en le transformant, tout aspect faible ou apparemment negatif, ou criticable; continuellement il crachera le poison du doute et de l’infamie sur ceux qui l’entourent, et avant tout sur le thérapeute qui prétend lui faire modifier ses habitudes de vie.
Il est donc nécessaire que le thérapeute, y compris les volontaires qui de gré ou de force, conscients ou non de leur rôle, pour le seul fait d’entrer en contact avec un toxicomane jouent un rôle thérapeutique au sens large du terme, qui n’est en tout cas jamais dynamiquement neutre ou indifferent, connaissent bien les risques pour leur hygiène mentale ou il s’embarquent au moment ou ils commencent à opérer dans ce domaine.
Dans ce cas il est indispensable que ces volontaires soient protégés de faon adéquate par la présence rassurante d’un staff et d’un leader, avec un échange continu et intime d’informations et, surtout, d’émotions afin d’expliquer et rationaliser ce qui n’est ni logique ni rationnel. Il est indispensable que n’importe qui, s’embarquant dans les aventures de la thérapie au plus large sens du terme d’un toxicomane, sache qu’une personne toute seule ne pourra rejoindre de résultats valables, à moins qu’il n’existe une participation affective et émotive globale qui dépasse les devoirs professionels pour devenir un rapport à deux peu recommandable pour les risques qu’il comporte: les cas de thérapeutes qui tombent amoureux de leurs patients, dans un rapport qui peut deboucher dans la guérison du toxicomane, mais aussi dans une seconde toxicomanie, ne sont pas infréquents.
Tout étant fondamentale une disponibilité et une dédication supérieures à celles habituellement demandées dans un rapport normal patient-thérapeute, il est juste que l’on connaisse dès le début nos propres limites, au-delà desquelles il est dangereux et souvent contre-indiqué de s’aventurer, pour éviter de brûler dans un temps très bref ses propres energies physiques et, surtout, morales. Souvent et partout dans le monde, après deux années de stress, le thérapeute demande à ê tre déplacé ou, ce qui est pire, il laisse tomber les bras, c’est à dire il prend, même inconsciemment, une attitude punitive et violente, soit même d’une violence entourée de légalité, mais non moins méchante pour cela, à l’égard de ses assistés.
Il s’agit d’une violence qui dans mon Pays se cache sous toute une série de normes ou de lettres circulaires ou de régles qui masquent comme philosophie qui les a inspirées la convinction que le toxicomane est un profiteur qui doit donc être puni plutôt qu’assisté et soigné. Cette attitude punitive est aussi soutenue et renforcée par l’opinion publique qui, lasse de constater les effets négatifs de la diffusion de la drogue, soit sous forme des morts, soit (ce qui l’interesse le plus) sous forme d’attentat aux patrimoines propres invoque à haute voix des mesures répressives: une sévérité majeure et une compréhension mineure.
Le toxicomane est toujours exagéré dans ses manifestations, il prétend plutôt que demander, il veut tout chose et immédiatement, comme l’héro•ne d’ailleurs l’a habitué, et le thérapeute est soumis à un embarras continu, source de anxiété et de stress, entre l’envie de dŽcodifier le besoin et la demande et celle de répondre et de l’exaucer. Le toxicomane est diabolique dans ses prŽtentions, qu’il sait toujours prospecter de la faon la plus capable de provoquer une crise dans la contre-partie adverse.
Quelque fois il est violent, ou plus souvent il fait semblant de l’être, ce qui fait démarrer des méchanismes de peur physique. En étant habitué à l’usage de substances capables de modifier la limite de perception des stimulations, il a toujours besoin de stimulations exagérées et éclatantes pour réagir, ce qui oblige le thérapeute à gâcher des energies en surplus. La triste conclusion de quelques aventures thérapeutiques, les morts soudaines, les réchutes imprŽvues, les tragédies familiaires, tout cela concourt à faire dévélopper dans le thérapeute un sens de incertitude et d’impuissance qui, avec le temps, peut devenir insoutenable.
Souvent il peut éprouver des sentiments de culpabilité veritables ou une partie de responsabilité à l’égard de la mort d’un propre patient, ou bien il peut plonger dans la dépression la plus noire vis-à-vis d’un évènement particulièrement négatif qui frappe un sujet sur lequel il avait élaboré un investissement excessif en termes d’attente et d’espoir. La récente apparition des liens étroits entre SIDA et drogue complique ultérieurement le rapport thérapeute-drogué avec une grave ombre noire de anxiété et de désespoir qui contribue à faire cesser le combat à tous ceux qui manquent d’une préparation ou pire qui devrait characteriser les medecins et tous ceux qui exercent une profession sanitaire.
Si le rapport “one to one” est insuffisant et souvent même dangereux, la seule alternative valable qu’on peut mettre en pratique c’est le travail en équipe, où l’on peut jouir des competences professionels individuelles mais surtout des qualités humaines et morales des composants, amortissant anxiŽtés, dépressions et tensions dans le pouvoir rassurant et protectif du groupe. Mais travailler en groupe est tout autre que facile, celui-ci étant soumis aux arts diaboliques de séduction du toxicomane qui, pour rejoindre ses objectifs de survivance, tiendra à semer zizanies et à gratifier alternativement ce thérapeute-ci ou celui-la, dénigrant en même temps l’autre, et risquant dans cette manière de créer rivalités, différences et antipathies que seule dans un groupe bien familiarisé et surtout bien dirigé avec une leadership pleine d’autorité et croyable, peuvent essere prévenues et résolues.
Mme la pleine conscience de la philosophie et de la stratégie qui sont sous-tendues à une intervention valide anti-drogue peut contribuer à prévenir la dépression et l’abandon des thérapeutes et des volontaires qui l’aident. Il est impératif que tous sachent et aient toujours bien clair ˆ l’esprit quels sont les limites et les perspectives de l’intervention, surtout en évitant des délires dangereux de toute-puissante. Se mettre, même inconsciemment, en antithè se personnelle à l’héro•ne (“moi ou elle!”) c’est une faute, car lorsque elle gagnera, ce qui se passera souvent, le narcisisme naturel du thérapeute aura trop à souffrir.
Ce n’est pas le thérapeute qui gagne son match avec l’héroine, mais seulement le toxicomane, qui abandonnera son grand objet d’amour, une fois que les aspects négatifs de la drogue auront surmonté, avec le temps, les aspects positifs. Il ne faut pas se laisser prendre par l’anxiété du “produit fini” et du “tout et immédiatement”, le temps qui s’écoule étant notre allié et non notre ennemi. Au contraire, il faut être conscients que la thérapie d’un drogué doit tendre, outre au définitif abandon de l’usage de toute substance, à des objectifs partiels et limités tels que le changement de style de vie, le depassement de comportements délinquentiels, le début ou la poursuite d’activitŽs licites de travail, une vie affective normale et non liée à des objectifs pour elle étrangers, tels que se procurer la drogue.
Toute intervention thérapeutique doit se poser le problème de la qualité de la vie du toxicomane, en diminuant dans la mésure du possible son malheur; elle doit avoir pour but de garder sa santé dans le sens le plus vaste du terme, même dans les périodes durant lesquelles le sujet continue à user des drogues, en étant absurde de “guérir” un toxicomane de sa dépendance pour le voir mourir, après quelques années, pour cirrhose du foie ou pour SIDA; elle doit être à même de catalyser la découverte d’alternatives en intendant pour alternative tout ce qui permet au patient de vivre ou de survivre, sans être obligé à employer des produits capables de modifier son état de conscience, en ayant toujours la conviction intime qu’il n’existe aucune dépendance, bien qu’invétérée, qui ne puisse à la fin ê tre vaincue et que ce que parfois peut paraître un insuccès peut devenir utile sur la longue distance, comme une étape significative du “long chemin de la thérapie”.
Pour aider valablement le toxicomane à rejoindre ces objectifs, le thérapeute doit, avant tout, aimer son travail; ne pas éprouver de mépris pour le monde des drogués; avoir une bonne attitude à simplifier les situations et non pas à les compliquer; ê tre inattaquable même pour ce qui concerne sa vie privée; être ductile, disponible et complaisant sans devenir complice des situations auxquelles il fera face; avoir un bon équilibre qui lui empêche de passer facilement de l’euphorie et de l’enthousiasme à la dépression ou au désespoir; être capable de forte empathie; être calme, concret, pragmatique, équilibré, juste, croyable; avoir un estomac fort.
Et s’il est impossible de trouver toutes ces qualités dans une seule personne, c’est le groupe qui, dans son ensemble, doit tendre à avoir ces qualifications. Plusieurs fois j’ai vu des thérapeutes multi-licenciés, avec un vaste curriculum d’études faillir misèrablement et abandonner très t™t, et, au contraire, des personnes même mal élevées mais enthousiastes de leur engagement et surtout, humainement disponibles, rejoindre des résultats imprévisibles et même impensables. La vraie compŽtence pour travailler avec les toxicomanes ne s’obtient pas en Žtudiant des livres, mais surtout en travaillant sur le terrain, et la sélection naturelle de la personne à même de supporter le coup avec la terrible task-force de drogués est plus veritable et réelle de n’importe quel test ou sélection d’aptitude préalable.
Certainement, les connaissances, les qualifications et les compétences professionnelles sont importantes. Mais encore plus importantes sont l’experience, la confiance et la foi qui rendent possibles même les entreprises apparemment les plus difficiles ou desesperŽes, comme aider un toxicomane à guerir. Dans notre monde de la Croix-Rouge, quand on ne veut pas commencer de nouvelles activités il y a tojours quelqu’un qui dit qu’il ne vaut pas la peine d’engager les ressources du Mouvement du moment qu’il y a d’autres organisation qui s’occupent du problŽme.
Mon expérience directe de ces derniéres 25 années et ce que j’ai vu réaliser sous mes yeux dans mon Pays et en de nombreuses autres nations, en particulier en Europe du sud et méditerranéenne, m’ont appris qu’en théme de drogue la Croix-Rouge a une valeure ajoutée par rapport à d’autres institutions, une valeure ajoutée qu’il serait dommage de ne pas utiliser. Le premier des Principes Fondamentaux de la Croix-Rouge, l’Humanité, sans lequel tous les autres seraient vains, impose au Mouvement d’agir en tout domaine pour prévenir et alléger les souffrances humaines.
Parmi celles-ci, celles provoquées par l’abus de substances et par les maladies liées à cet abus, représentent une partie remarquable de la tragédie humaine, en provoquant des deuils, frustrations, impuissance et doleurs partout dans le monde. Agir pour prévenir l’abus de substances et aider les personnes dépendantes à être moins malheureuses ou à dépasser leur propre condition pour se réinsérer positivement dans la société est, donc, une tâche parfaitement en accord avec la philosophie de la Croix-Rouge, qui impose à notre Organisation d’agir comme avant-garde del Pouvoirs Publics à la manifestation de nouvelles exigences.
Dèjà en 1922, au cours de la 1ére Confèrence por l’Extréme Orient, la Croix-Rouge se posa le probléme “d’étudier la question de l’assistance que pourraient fournir les Sociétés Nationales dans la lutte contre l’abus d’opium et d’autres stupéfiants”, mais nous avons dû attendre la fin des années ’70 et l’année 1985 pour que le Conseil Exécutif de la Ligue avant, et la Conférence Internationale, ensuite, recommandent aux Sociétés Nationales: “de créer,s’il y a lieu, des groupes d’experts dans ce domaine, qui évaluent la problématique la plus urgente vers laquelle concentrer attention et efforts notamment dans les pays les plus touchés par les problèmes de dépendance; d’élaborer, en cas de carence, une strategie d’intervention dans la forme la mieux adaptée pour la prévention de la toxicomanie; de prêter une attention spéciale aux programmes sociaux en faveur de la réhabilitation des toxicomanes en collaboration avec les institutions publiques et privées; de considérer l’importance de fonder toute action de prévention de la toxicomanie et de réhabilitation des toxicomanes sur l’engagement des jeunes dans le Mouvement.”
La faible connaissance de ces recommandations explique seulement en partie porquoi celles-ci sont restées inappliquées dans le monde jusqu’il y a quelques années et porquoi, tout récemment un nombre croissant de Sociétés Nationales – parmi lesquelles, en première ligne, celles des Pays de l’Union EuropŽenne s’est engagé en actions concrètes et considérables tant pour les individus que pour la colléctivité. En réalité, la Croix-Rouge ne se fixe pas parmi ses objectifs la modification des comportements d’autrui, elle n’est pas touchée par l’intégrisme, elle ne pense pas de détenir la recette de la vérité, elle n’est pas obligée à rédimer: celles-ci étant les caractéristiques typiques de la majorité des institutions anti-drogue dans le monde, tout au moins jusqu’au moment où lo shock de la réalité imposé par la diffusion du VIH n’a déterminé une correction fatale des attitudes qui ont, paradoxalement, rendu à notre Mouvement compétitivité et avantgarde.
La Croix-Rouge se trouve dans une position privilégiée puisqu’elle jouit de la confiance des marginaux qui se sentent protŽgés par son Embléme dans la même mesure qu’ils sont méfiants de l’aide officiel et de l’Etat. Ce rôle de pont entre les Institutions et cette partie du monde toxicomanique, tellement patologique qu’elle ne peut même pas exprimer une domande d’aide, permet ˆ la Croix-Rouge de descendre dans les rues avec son personnel, allant en aide aux marginaux avec un programme d’intervention diversifié selon les possibilités objectives de réaction de la personne en difficulté.
Ainsi, ceux qui peuvent être soignés seront adréssés à un centre anti-drogue ou à une communauté thérapeutique, tandis que ceux qui ne sont à même de tollérer un traitement drug-free pourront commencer un traitement à base de méthadone et ceux qui en ce moment obéissent uniquement à leur propre “craving”, c’est à dire à leur “irrésistible envie de”, pourront recevoir une seringue stérile afin qu’au moins cette assomption n’ait pas de conséquences infectieuses, ou bien rendre la seringue utilisée afin que celle-ci ne soit pas nuisible au reste de la population.
Né sur le champ de bataille de Solferino dan le 19eme siecle, la Croix Rouge a su trouver dans toute sa longue histoire la capacité de s’adapter toujours aux situations difficiles d’un monde qui change. A des nouveaux besoins des nouvelles reponses est un des ses slogans. La lutte contre la drogue est un excellent possibilité pour la Croix Rouge de demontrer que ces mots ne sont pas seulement des slogans mais qu’ils correspondent à la réalité.
Massimo Barra