DE LA CROIX-ROUGE ET DU CROISSANT – ROUGE Ginevra 18/10/1986
Il y a cinq ans, au moment d’accepter avec enthousiasme la charge de Président de la Commission du Développement de la Ligue, je n’aurais jamais pensé que mon dernier discours en cette qualité aurait pu être aussi pessimiste et découragé que celui que je suis en train de vous prononcer. Je connais et je fréquente la Ligue depuis vingt ans.
Je n’ai jamais ressenti l’impression que j’éprouve maintenant, celle de me trouver en face d’un bateau à la dérive, où se passent des événements indignes d’une quelconque organisation, encore moins dÕune organisation internationale humanitaire de la portée et de l’importance de la Croix-Rouge. La série presque continue de changements de structures du secrétariat et de révocations de personnel, certaines imprévisibles et éclatantes, qui ont commencé avec un Sous-Secrétaire général, Fred SCHMID, qui continuent avec un Directeur de l’information, qui avait déjà été Directeur du Bureau de la Jeunesse, Tony MURDOCH, et avec celles de fonctionnaires de grande valeur comme le Dr ZIELINSKI et le Dr. Alma BACCINO, a atteint le comble avec l’éloignement de Jean CASSAIGNEAU, un des meilleurs fonctionnaires de la Ligue, qui dans chacune des charges qu’il avait exercées, y compris celle de Secrétaire de la Commission du Développement, avait donné des preuves de capacité, dynamisme, sérieux et dévouement total.
Le jour après son éloignement, son épouse Mme Isabelle CASSAIGNEAU, conseillère appréciée des Sociétés nationales depuis treize ans dans le domaine des soins infirmiers et des techniques de formation a été aussi expulsée du Secrétariat, comme démonstration d’une volonté punitive, qui na rien à voir avec les raisons servant de prétexte qui ont été données pour justifier son éloignement, – qui plus est, un certificat reconnaissant la vaste expérience du monde Croix-Rouge ainsi que les aptitudes professionnelles de M. CASSAIGNEAU lui a été remis ainsi qu’à son épouse.
En même temps, six jours après le Conseil exécutif d’avril dernier, le Sous-Secrétaire général le Dr SCHILLING, était privé de presque toutes ses prérogatives, en particulier dans le domaine opérationnel. Par ces gestes spectaculaires, le Secrétaire général voulait signifier son opposition à la politique définie par l’Assemblée générale et par là même son opposition au Président. Comme conséquence de ces incroyables événements, la Ligue est au-jourd’hui une maison vide d’idŽaux, où le personnel est obligè de travailler dans une totale absence de sérénité, sans aucune certitude concernant le futur et dans l’attente de connaître qui sera la prochaine personne renvoyée ou qui devra payer pour des fautes non commises.
En ma qualité de Président de la Commission dont Jean CASSAIGNEAU a été le Secrétaire, je conteste sa révocation, je demande qu’elle soit annulée et je demande aussi la démission de ceux qui ont pris cette décision scandaleuse. Je conteste aussi la faon brutale de sa révocation, d’un jour à l’autre, avec l’ordre de ne mettre plus les pieds à la Ligue, comme on ne le fait même pas avec des criminels. Je conteste aussi la faon de sa substitution au Secrétariat de la Commission, avec la nomination de M. Ataman YALGIN, qui m’a été annoncée après coup avec un total manque de respect pour la Commission même.
L’interdiction faite à M. CASSAIGNEAU d’entrer à la Ligue a eu comme conséquence directe que les consignes formelles contre l’ancien et le nouveau Secrétaire n’ont pas été passées. Le nouveau Secrétaire se trouve donc à ne pas connaître le travail commencé par son prédé-cesseur, et s’est trouvé dans l’impossibilité de faire préparer le travail de la Commission. Tout cela signifie que le Secrétariat de la Ligue considère la Commission comme une perte de temps, sans donner aucune suite à ses travaux et à ses décisions, même après l’approbation formelle de l’Assemblée générale.
Dans cette situation, je considère inutile de procéder à l’analyse de chaque point de l’ordre du jour, comme je l’ai toujours fait pendant mes treize années de Présidence d’un organe statutaire consultatif, et je propose comme première priorité l’examen de tout ce qui s’est passé à la Ligue pendant ces derniers mois. Je crois que nous avons le droit et le devoir de savoir ce qui s’est passé au Sahel en 1986, la raison pour laquelle la décentralisation commencée avec la création de la délégation de Niamey et d’Abidjan a été interrompue et de savoir si le continuel changement de personnes et de bureaux a eu des conséquences négatives pour les opérations sur le terrain, tout particulièrement dans le domaine du développement qui était une composante essentielle du programme du Sahel et de l’Afrique de l’ouest.
Nous avons le droit et le devoir de connaître comment le personnel a été traité, du dernier délégué sur le terrain, qui a seulement des obligations et n’a aucun droit, au Sous-Secrétaire général privé de ses pouvoirs, pour des raisons que nous ne partageons pas. Nous voudrions savoir quelle a été l’application de la résolution sur les consortia adoptée par l’Assemblée et freinée, voire ouvertement bloquée par le Secrétaire général qui a, de sa propre autorité et sans en référer à notre Bureau, bloqué tout le processus dès le mois d’avril.
Nous voudrions aussi savoir pourquoi le développement des ensembles régionaux, tels que préconisés par l’Assemblée dans la Résolution d’octobre dernier, a été ralenti dès le mois d’avril sur l’initiative du Secrétaire général, contrairement aux décisions prises lors des réunions de l’ACROFA et de la Conférence arabe auxquelles il a lui-même participé, et a, dès le mois de mai, arrêté net, sous un faux prétexte financier, alors quÕil s’était engagé lui-même à rechercher les fonds nécessaires, le processus de régionalisation contrôlée, le processus de régionalisation contrôlée lancé par les Sociétés nationales elles-mêmes en Afrique; quant aux progrès réalisés dans ce domaine, dans les autre régions, ils restenttrès minimes si l’on s’en tient à l’aide apportée par le Secrétariat gènéral.
Et encore, quelle a été la suite donnée à la Résolution adoptée par l’Assemblée visant à renforcer le volontariat et prŽvoyant un soutien structurel du Secrétariat? Depuis la dernière Assemblée, le Bureau de la Jeunesse a été réduit à sa plus simple expression et ceci en violation flagrante de la volonté maintes fois réaffirmŽe par l’Assemblée de voir ce secteur vital de notre mouvement renforcŽ et non détruit; le secteur des infirmires, source importante de volontariat, a été éliminé au cours des derniers mois ainsi que le soutien technique aux secouristes.
Quant au travail social, il a été relégué au dernier rang, contrairement, une fois encore, aux recommendations de l’Assemblée. Enfin, la Résolution portant sur l’aide spéciale ˆ fournir aux Sociétés les moins développées dépend, dans son application, d’une étude préalable que seuls peuvent mener les Départements régionaux du Secrétariat; il n’est pas besoin de dire que l’état dans lequel se trouve ces Départements depuis notamment le mois de mai, empêche toute contribution valable de leur part. Que signifie donc tout cela:
– Premièrement, qu’il n’y a aucun respect de la part de l’organe d’exécution de la Fédération qu’est le Secrétariat général envers le travail des membres élus des instances dirigeantes; - Deuxièmement, qu’il y a eu notamment au cours de cette année, une obstruction quasi permanente du SecrŽtaire général vis-à-vis de l’application de la politique adoptée par l’Assemblée générale et qui est donc celle de toute la Fédération; - Troisièmement, qu’il ne saurait y avoir de futur pour notre Fédération tant que l’ordre statutaire ne sera pas rétabli dans cette organisation dont les bras font le contraire de ce que la tête décide.
A la lumière de ces considérations, je vous encourage à effectuer une analyse en profondeur des problèmes qui touchent la Ligue. Je souhaite que, tous ensemble, nous puissions trouver des solutions concrètes pour surmonter les difficultés actuelles et relancer notre mouvement dans le monde.