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Une thérapeutique ouverte

Da: “Revue de l’Infirmière” publiée par la Croix-Rouge Franaise – N 12 Juin 1985 – Paris Cedex

VILLA MARAINI
Peut-etre plus tardivement apparue en Italie que dans les autres pays européens, la consommation de masse de drogues illégales a pris une telle ampleur en quelques années que l’on parle ici de l’explosion de la drogue. On estime actuellement à quelque 250.000, le nombre de personnes concernées par la toxicodépendance à l’héroìne, qui s’accompagne comme partout de la marginalisation sociale de cette partie de la jeunesse.

Face à ce problème, les solutions miracles n’existent pas; les tentatives pour le résoudre viennent le plus souvent de l’initiative d’une ou plusieurs personnes particulièrement motivées et dynamiques. C’est ainsi qu’a été créée la communauté thérapeutique de la villa Maraini à Rome, sur l’impulsion d’un médecin, Massimo Barra. étant donné l’originalité de cette expérience, nous avons trouvé intéressant de la faire connaitre à la suite du numéro spécial sur la toxicomanie, d’autant que la Revue de l’Infirmière était invitée à participer à un voyage d’études organisé par les Pionniers de la Croix-Rouge Italienne pour les groupes Jeunesse de la Croix-Rouge Franaise afin de leur faire connaitre cette réalisation.

Au bout du chemin, après l’école d’infirmières, et les pavillons des services régionaux, on arrive au cÏur du parc de la Cité de la Croix-Rouge Italienne, devant la villa Maraini. De la grande maison ocre, fenetres et portes ouvertes, parvient une rumeur confuse où l’on reconnait, à mesure que l’on s’approche, des bruits de voix, des coups de marteaux, le crissement du papier de verre sur le bois, des bruits de vaisselle, ponctués d’appels qui résonnent dans un couloir.

Il règne une atmosphère de chantier, animée du va et vient continuel de personnages disparates. Des messieurs cravatés aux chaussures luisantes de cirage parlent avec des jeunes gens à la tenue plus décontractée. Dans l’encadrement d’une fenetre, un couple est immobile, visages fermés, il regarde dehors, sans vraiment voir. Bientot, il ne reste plus que les jeunes, les autres ayant disparu dans une salle.

C’est le jour de réunion pour les parents qui vont parler avec les psychologues du séjour prochain de leurs enfants dans une communauté thérapeutique fermée. L’agitation se calme, il règne une atmosphère d’activité tranquille, de dilettantisme souriant. Est-ce le parc un peu négligé, le bateau extravagant échoué sur le bassin aux poissons rouges par un résident anonyme, ou les b‰timents imposants et un peu délabrés?

Il émane de l’ensemble un air de demeure à la grandeur déchue, où camperaient des nomades entre deux étapes incertaines. Les activités multiples, sans lien apparent, la mobilité des choses et des gens, témoignant d’une vie protéiforme, font de cette structure un organisme vivant, à l’image de sa raison d’etre. La villa Maraini est en effet un lieu de vie, ouvert, destiné – spécifiquement à l’origine – aux héroìnomanes qui souhaitaient trouver une aide pour rompre avec la toxicomanie et changer de mode de vie.

Car la toxicomanie ne se résume pas à un problème de dépendance physique à une substance, mais induit par force un mode de vie centré sur le toxique. Toute la vie est alors organisée autour de cette unique préoccupation, se procurer le toxique, ne jamais etre en manque. Le toxicomane, expliquera le Docteur Barra à de jeunes adolescents en visite, est au départ “mal dans sa peau”.

La rencontre avec la drogue modifie son rapport au monde: son mal-etre disparait, et il expérimente un bien-etre inconnu de lui auparavant. Pendant une première période, c’est le paradis artificiel sur terre. Déconnecté peu à peu de la réalité, des rythmes de vie et de travail, les relations tendent à se réduire au cercle familial – lorsqu’il existe – et à d’autres toxicomanes dominés par le meme souci de quete permanente du toxique. Cher et illégal, celui-ci oblige très rapidement à vivre en marge sous la menace constante de la répression policière.

Pour le docteur Barra, la communauté répond aux trois objectifs thérapeutiques: “etre moins malheureux; éviter l’irréparable; trouver des alternances c’est-à-dire tout ce qui est autre et peut permettre de survivre sans drogue”. La distinction entre dépendance physique et psychique est oiseuse, le mal-etre étant ressenti à la fois comme souffrance morale et malaise physique.

De plus, contrairement à la situation d’il y a quelques années, l’héroìnomanie pure est devenue rare, et l’on voit maintenant beaucoup plus de polydépendants, qui absorbent tout ce qu’ils peuvent trouver qui les met dans un état second, à distance de la réalité: alcool, médicaments psychotropes, héroìne, cocaìne, souvent mélangés au gré des disponibilités. Par ailleurs, beaucoup d’héroìnomanes sont dits désintoxiqués – parce qu’ils ne prennent plus d’opiacés – alors qu’ils passent à l’alcool, tout aussi toxique et dont ils sont aussi dépendants, mais qui est vécu comme retour à la société. C’est la toxicomanie légale. L’enjeu sera donc essentiellement d’aider des individus désemparés à reprendre pied, plutot que de s’attaquer à une substance en tant que telle.

L’OUVERTURE DU CENTRE

Déjà intéressé par le problème, le Docteur Massimo Barra rencontre le Docteur Olivenstein en juin 1976. De cette rencontre nait le projet de fonder une communauté ouverte. Au le centre est ouvert, dans les locaux mis à disposition par la Croix-Rouge Italienne, qui s’engage en outre à assumer les dépenses de fonctionnement (téléphone, électricité, chauffage, nourrisson…). La Croix-Rouge fournit également les fonds nécessaires au démarrage d’ateliers, artisanat, expression artistique, réparation et aménagement des locaux et met à disposition du personnel volontaire pour animer les ateliers et participer aux activités quotidiennes de la communauté.

D’abord ouvert 24 heures sur 24, le centre se limite ensuite à la journée (9 h à 21 h tous les jours), sauf le dimanche. Après un an et demi, la Croix-Rouge décide de suspendre l’expérience dont l’efficacité thérapeutique est difficilement mesurable. C’est alors que les structures sanitaires publiques viennent apporter leur contribution à l’initiative de la Croix-Rouge. (Segue alla pagina successiva >>)

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