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Opinion

De: CROIX-ROUGE CROISSANT-ROUGE
Magazine du Mouvement International de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge Janvier – Avril 1988

Pour M. Massimo BARRA Président de la Commission du développement de la Ligue, le Mouvement doit véritablement et sans réserve s’engager sur le thème du “Développement “, qui est cette année, celui de la Journée mondial de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge. Il est des mots “magiques” qui ressassés au fil des années, en viennent à perdre leur signification première, et deviennent des habitudes de langage, dont les homme politiques abusent dans leurs discours et auxquels l’homme de la rue réagit avec indifférence.

Or, c’est là le sort qui menace le terme de “développement”, inconsidérément associé aux noms de commissions, de programmes, d’opérations d’investissement, ou à des formulaires et “papiers” administratifs, alors qu’il devrait exprimer le désir justifié qu’éprouve chacun de connaitre un univers plus humain, mieux adapté aux besoins de l’homme que celui où nous vivons aujourd’hui. Nous-mêmes d’ailleurs, hommes et femmes de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, risquons bien de déformer la signification du terme si nous n’en limitons pas l’usage à ce qui nous concerne le plus directement, c’est-à-dire la création, dans le monde entier, de Sociétés nationales efficaces et autonomes.

Il va de soi que la capacité d’action d’une Société nationale dépend des ressources dont dispose son pays, mais il nous faut nous garder des ambitions grandioses qui nous conduisent à échafauder des programmes dépassant nos moyens. De même, si nous voulons éviter cette tendance à l’autosatisfaction, que reprochait à notre Mouvement le rapport Tansley, trop vite mis dans un tiroir et oublié, il nous faut nous demander jusqu’à quel point nos actions ont contribué à apporter aux Sociétés nationales efficacité et autonomie, si nous avons commis des erreurs et dans l’affirmative, lesquelles, enfin quelle nouvelle voie il convient d’emprunter à court et moyen termes.
Pour moi, notre principale erreur a été de considérer le développement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge comme un travail de routine, comme s’il s’agissait de construire une usine, de vendre un produit, ou de conquérir un marché, perdant totalement de vue l’idéalisme et l’idéologie qui sont ou devraient constituer le fondement de chacune de nos actions.

La Croix-Rouge n’est pas un terrain de chasse pour hommes d’affaires ou aventuriers recrutés par voie de presse, mais bien un mouvement universel dont les Sociétés nationales ne sauraient se développer au mépris de ses idéaux et de ses Principes fondamentaux. Ce sont là des denrées rares qui ne s’achètent pas dans la première boutique venue!

L’efficacité des organisations dont le développement constitue la vocation a souffert aussi, par le passé, de la mise en oeuvre d’opérations plus destinées à répondre aux desiderata du donateur que basées sur la notion de développement judicieux et global. Je citerai pour l’exemple l’égoisme régional ou national, qui incite à aider nos voisins plutôt que des pays plus lointains, ou les réactions purement épidermiques et éphémères à la pression des médias.

Il est assez facile d’intéresser le public à une opération de secours d’urgence, mais il est difficile de l’amener à participer à des projets plus orientés vers le développement. Pourtant, la vaste expérience qu’a acquisé la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge dans ce domaine révèle clairement les liens qui existent entre secours et développement.

L’expérience positive de l’opération menée au Sahel prouve que les Sociétés nationales de la région ont amélioré la qualité de leurs interventions lorsqu’elles se sont efforcées d’aider les victimes de la sécheresse. Par contre, leur action s’est trouvée prématurément interrompue, faute des soutiens internationaux indispensables à l’obtention de résultats permanents, plus importants que l’opération de secours en elle-même. L’enthousiasme qui a régné à Rio de Janeiro, au cours de l’Assemblée générale, nous autorise néanmoins à envisager l’avenir avec confiance.

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